tel quel 2013

tel quelGordon Matta-Clark ◊ Tel Quel + coupes de bâtiment exposition>>

Splitting

1974, 10:50 min, b&w and color, silent, Super 8mm film on video

This film documents the major building cut made by Matta-Clark in a house on Humphrey Street in Englewood, New Jersey.

Conical Intersect

1975, 18:40 min, color, silent, 16 mm film on video

For the Paris Biennale in 1975, Matta-Clark made a major cut in two houses adjacent to the Centre Georges Pompidou in Les Halles. The cut, shaped like a twisted cone, was inspired by Anthony McCall’s film Line Describing a Cone. 

Camera: Bruno Dewitt, Gordon Matta-Clark.

Substrait [Underground Dailies]

1976, 30 min, b&w and color, sound, 16 mm film on video

In this film, Matta-Clark explored and documented the underground spaces of New York City. The artist chose a range of sites (New York Central railroad tracks, Grand Central Station, 13th Street, Croton Aqueduct in Highgate, etc.) to show the variety and complexity of the underground spaces and tunnels in the metropolitan area.

With: Jerry Hovagimyan, John Faherty, Jabez Van Cleef, J.W. McCarthy, Canon West, Jerry Levy, Jim McCullough, Jane Crawford, Arthur Deflefsen.

Sous-Sols de Paris [Paris Underground

1977-2005, 25:20 min, b&w, sound, Super 8mm film on video

In this film Matta-Clark explores underground Paris. The artist shows the complexity of underground spaces with scenes of architectural ruins, car parks, tunnels, ossuaries, cellars, crypts and basements in the Opera district.

1, splitting

Splitting. 1974, 10min50, noir & blanc et couleur. Super 8 sur vidéo

Splitting est une coupe de bâtiment majeure de Gordon Matta-Clark dans une maison de Humphrey Street à Englewood, New Jersey qui change la perception du bâtiment et de son environnement proche. Ces découpes de bâtiments se faisaient la plupart du temps sur des immeubles ou maisons abandonnées. Courtoisie de l’EAI et la galerie David Zwirmer

«J’essaie d’utiliser de manière différente un espace extrêmement familier. J’aime à penser à mes oeuvres comme à des questions détournées de design imaginatif, qui proposeraient des moyens de repenser ce qui existe déjà… Je veux réutiliser les connaissances anciennes, un système de pensée et des perspectives qui existent déjà. J’altère les unités de perception qui d’ordinaire employées pour juger de la robustesse d’une chose. C’est une réponse organique à ce qui a déjà été bien fait. Plus qu’un appel à préserver ces bâtiments, mon travail réagit contre l’obsession hygiéniste faite au nom de la rénovation, qui balaie toute les petites choses qui rappellent le passé…pour les remplacer par des trottoirs et des parkings. On creuse des fondations plus profondes pour de nouveaux bâtiments dans ce qui aurait pu constituer une riche stratifi cation souterraine. Seuls nos tas d’ordures s’élèvent tandis qu’on y empile l’histoire.»

GMC

2, tel quel salle de lecture

«Je ne vois pas pourquoi les gens ne pourraient pas être en colère. En un sens, mon travail ne fait qu’accentuer la destruction. Je n’essaie pas de faire de la destruction une belle expérience, je la conçois comme un élément d’un gâchis plus vaste.

Elle permet de réagencer une situation, qui, indépendamment de mon intervention, serait de toute façon condamnée. En fait, je m’empare d’une situation à la dernière minute et j’essaie de la transformer en une sorte d’expression alternative.»

GMC

Tel Quel était une revue de littérature d’avant-garde, fondée en 1960 à Paris aux Éditions du Seuil par plusieurs jeunes auteurs réunis autour de Jean- Edern Hallier et Philippe Sollers. La revue avait pour objectif de refl éther la réévaluation par l’avant-garde des classiques de l’histoire de la littérature.

Parmi les auteurs et collaborateurs, on note Roland Barthes, Georges Bataille, Jacques Derrida, Jean-Pierre Faye, Michel Foucault, Julia Kristeva, Bernard-Henri Lévy, Marcelin Pleynet, Maurice Roche, Philippe Sollers, Tzvetan Todorov, Francis Ponge, Umberto Eco, Gérard Genette, Pierre Boulez, Jean-Luc Godard, Philippe Muray, Stephen Jourdain ou Pierre Guyotat. Tel Quel est aussi le titre de deux volumes de Paul Valéry, publiés en 1941 et 1943, mais le choix du titre n’est pas emprunté à Valéry, mais à Nietzsche :

« Je veux le monde et le veux TEL QUEL, et le veux encore… »

3, conical intersect

Conical Intersect. 1975, 18min40, couleur 16mm sur vidéo

Conical Intersect de la Biennale de Paris 1975 est une percée architecturée dans le vif d’un immeuble rue Beaubourg, à la fois en face du Centre Georges Pompidou en construction et de l’appartement de Ghislain Mollet-Viéville.

Camera: Bruno Dewitt, Gordon Matta-Clark

Courtoisie de l’EAI et la galerie David Zwirmer

Journaliste : Vous avez dit précédemment que votre oeuvre à Paris avait rencontré quelques réactions négatives. C’était rue Beaubourg, n’est-ce pas ?

«Les critiques venaient d’une étudiante. Sa réaction était tout à fait légitime. Elle me disait en gros que mon intervention était une connerie. Qu’il n’y avait aucune raison pour que ces bâtiments – qui sont des espaces dont les gens ont besoin parce qu’il n’y a pas assez de logements à Paris – deviennent des objets d’art. Je suis en partie d’accord avec elle, si ce n’est qu’à l’époque, le bâtiment était totalement à l’abandon et que la nature de mon travail n’entrait pas en contradiction… La réaction que j’ai préférée venait d’une concierge, une personne très simple qui habitait dans le coin. Elle avait un avis très pragmatique sur la question, elle m’a dit : « Oh, je vois…En fait, vous avez amené de la lumière et de l’air dans un espace qui en manquait ».

GMC

4, substrait

Substrait (Underground Dailies). 1976, 30min, noir & blanc et couleur 16 mm sur vidéo

Substrait documente des visites guidées des égouts de New York City. Un gardien raconte sa rencontre avec un alligator alors qu’un autre explique comment Salvador Dalí y a réalisé une peinture murale, aujourd’hui détruite. Avec: Jerry Hovagimyan, John Faherty, Jabez Van Cleef, J.W. McCarthy, Canon West, Jerry Levy, Jim McCullough, Jane Crawford, Arthur Defl efsen.

Courtoisie de l’EAI et la galerie David Zwirmer

«Les fi lms m’intéressent davantage parce qu’une caméra permet de capter beaucoup plus précisément l’espace. En baladant un objectif dans un lieu, on peut au moins se rendre compte de sa complexité.»

GMC

5, sous-sol

Sous-Sols de Paris (Paris Underground). 1977, 25min20, noir & blanc, Super 8mm sur vidéo

Dans ce fi lm, Gordon Matta-Clark explore le monde souterrain parisien. L’artiste montre la complexité de cet univers à travers des images d’architectures en ruines, de parkings, tunnels, ossuaires, caves, cryptes et sous-sols du quartier de l’Opéra.

Courtoisie de l’EAI et la galerie David Zwirmer

«Le fi lm est plus drôle, et je préfère d’ailleurs que ça reste ainsi, parce qu’il y a une sorte d’absurdité dans toute la démarche. Je voulais vraiment faire en sorte que les gens puissent voir mon oeuvre dans une enceinte pacifi que, un lieu totalement clos mais dénué de toute menace. Je souhaitais que les gens, en entrant n’aient pas l’impression qu’un grincement ou une ombre constituaient une menace potentielle… Je voulais que ce projet-ci soit…joyeux…tranquille…»

GMC

« Tel quel » est née d’une série de coïncidences ; la première a eu lieu le 9 mai 2012. A cette période, l’exposition « De la Part de l’Autre » de se terminait et Simon Boudvin, en résidence, préparait la sienne, « Der Bau».

Ce 9 mai 2012, venant de recevoir la revue « MAY » l’édition 9 , j’entamais la lecture de l’article «Le langage de la négation : du montage au détournement dans l’Internationale Situationniste» de Tom McDonough, Première page « The Avant-Garde Doesn’t Give Up, 1962 de Asger Jorn, artiste disparu en 1973, appartenant au mouvement «I.S.». et « Cobra ». Comme toujours, Jorn m’a alors fait penser à Marta et André, les deux personnes nous ayant invités à faire nos premiers pas dans la Sarthe.

Cette invitation nous a permis, en 2008 de découvrir « la Rotonde », site SNCF abandonné, à côté de la gare de Château du Loir ; notre 1er projet de Centre d’art contemporain, était initialement destiné à cette friche industrielle, mais ce sont les Moulins de Paillard qui nous ont séduits ; avec les encouragements de Claude Denis de l’ADVL, qui en avait tout de suite perçu l’intérêt, nous avons alors adapté notre projet.

Pourquoi Asger Jorn évoquait-il pour moi, Marta et André ? Jorn ayant habité dans une petite ville italienne proche de chez eux, Marta et André le connaissaient bien son histoire ; de fait, ils nous en parlaient très souvent, ainsi que de Ansgar Elde, lui aussi peintre et Situationaliste, décédé en 2000.

Un séjour chez nos amis, près de Gênes en Ligurie, a été à l’origine de nombreuses idées de projets ; lors de notre voyage en train, nous avons été frappés par les nombreux sites ferroviaires abandonnés dans la région et l’immense potentiel, dormant, qu’ils représentaient ; en y ajoutant la forteresse de Savona, leurs possibilités, en termes de géométrie et de géographie semblaient sans limites ; ces lieux de passage abandonnés n’avaient en effet qu’une raison d’être, limitée aux périodes d’affrontements, celle de transporter encore plus loin l’hostilité humaine ; précisément, ces sites peu accueillants, sont riches de leur passé.

Trois ans après, au printemps 2012 : Guillaume Henry et Lucas Biberson choisissaient les ruines situées tout au fond des moulins Paillard pour travailler sur leur projet de poulaillers 1-FR-7234087 ; plus tard, Thomas de Broissia choisira ce même endroit pour s’immerger dans son travail d’écriture.

A ce moment-là, le silence prolongé de la Communauté de Communes commençait à m’inquiéter ; je pressentais confusément un danger qui menaçait le site historique de Paillard.

Ce même printemps, cherchant une hache dans une brocante à Tréhet avec mon ami Dzenan, je lui ai montré un moulin habité, bien restauré ; m’approchant pour admirer le travail réalisé, j’eus la chance que les propriétaires soient là ; en fait, il s’agit de passionnés, membres de l’Association de Sauvegarde des Moulins à Eau (ASME), connaissant bien leur sujet.

J’ai alors demandé à ce couple de me raconter l’histoire « technique » de Paillard ; un héritage industriel est souvent diffi cile à interpréter, car il est rarement préservé ; de plus, pour qu’une entreprise industrielle reste performante, elle doit toujours évoluer pour intégrer les meilleures innovations ; à Paillard, cela a été le cas pendant des siècles et les bâtiments du site ont été sans cesse transformés ; au moment où Paillard est devenu un centre artisanal, il restait déjà peu de choses de l’héritage technique, de la papeterie.

Je décidais alors de commencer un travail « d’archéologie industrielle », à partir des rayures et traces de grattage laissées sur les éléments architecturaux ; ce sont ces quelques traces qui nous ont amenés vers des histoires que je trouve beaucoup plus intéressantes que celle du pilier Dorique qui impressionne tout le monde…

Ces quelques traces, précieux vestiges du passé, ont permis de préciser l’histoire « technique » de Paillard . La turbine avait pris la place des deux roues, chacune de plus de cinq mètres de haut et ensemble, plus de neuf mètres de long ; ces roues jumelles portaient le nom de leur inventeur, Alphonse Sagebien (1807-1892), qui avait pu ainsi obtenir un rendement d’environ 90 %.

De telles roues peuvent être vues dans la ville du Mans, à la station hydraulique, « la Maison d’Eau », près de l’Abbaye de l’Epau.

A l’époque, je m’étais déjà demandé comment pouvoir préserver cette structure ; si les parties effondrées devaient impérativement être enlevées, comment le faire sans dépenser une fortune ? Thomas de Broissia a alors vu le potentiel de cette préservation en tant que projet artistique… ; notre réseau d’artistes et d’architectes comprend en effet des personnes intéressées par ce lieu patrimonial ; informé du projet de démolition, notre réseau aurait été en mesure de proposer des solutions alternatives.

En Octobre 2012, nous étions à la FIAC (Foire Internationale d’Art Contemporain), où les oeuvres des artistes accueillis à Paillard ont été très présentes et leurs galeries, très bien placées. Lors d’une conversation avec Jessy-Mansuy-Leydier, d’une galerie parisienne, le nom de Gordon Matta-Clark, artiste précocement décédé, a été prononcé ; cherchant à la FIAC de nouveaux talents artistiques, je ne me suis pas attardé ; mais Matta-Clark n’est pas le genre d’artiste qui se laisse facilement oublier ….

« Offi ce Baroque », une coupe de bâtiments de …. Gordon Matta- Clark…

Trois jours après, de retour aux Moulins de Paillard, m’attendait cette fois-ci une lettre d’une bienveillante citoyenne ; elle annonçait la démolition imminente de ce qui restait de l’héritage industriel des Moulins de Paillard ; aucune alternative possible, tout avait été décidé sans nous …. Notre seule échappatoire : le « détournement ».

Le soir même, une invitation m’attendait pour une exposition à Barcelone : Avec des grues et bulldozers prêts à attaquer dès le printemps

2013, le décor était planté pour créer cette exposition « Tel quel ».

En effet, « tel quel » avait été la raison d’être de notre projet culturel, un Centre d’Art Contemporain et Résidence d’Artistes ; proposé par l’association Les Moulins de Paillard, adopté à l’unanimité par la CCVL (propriétaire du lieu), notre projet offrait en effet la solution la moins coûteuse. Notre but était de préserver ce lieu patrimonial, en mettant toute notre énergie à le faire vivre ; nous avions proposé notre projet culturel pour contribuer à la dynamisation de la Vallée, par nos activités éducatives et culturelles, et pas comme simple alibi permettant de justifi er divers investissements.

Notre objectif était de renouer avec la créativité et l’innovation, à l’origine de l’essor et du rayonnement du site papetier de Paillard, au moment de la révolution industrielle ; nous avions instamment demandé aux propriétaires de surtout « ne toucher à rien » ; pour les artistes que nous sommes et ceux que nous accueillons, le potentiel de Paillard réside précisément dans son état brut, « tel quel » ; le maintien de la cohérence de notre projet culturel supposait en effet un développement concerté et parfaitement en phase, des projets artistiques et architecturaux.

Gordon Matta-Clark a fait des études d’architecture à l’Université Cornell de l’état de New York ; Etudiant du théoricien et historien britannique Colin Rowe, en outre critique d’architecture, à aucun moment Matta- Clark n’a pratiqué le métier d’architecte ; il aurait été infl uencé par les « détournements » des Situationalistes, ainsi que par la technique critique de la « Déconstruction », d’origine et de méthodes assez proches ; Matta-Clark a très certainement été confronté à ces deux mouvements, pendant ses études à la Sorbonne en 1963.

Trois ans auparavant, Philippe Sollers et Jean-Edern Hallier fondaient la revue « Tel quel » ; cette revue a publié les premières oeuvres du philosophe déconstructiviste Jacques Derrida, ainsi que les écritures de Foucault, Barthes, Lacan, Bataille… Ce bataillon de penseurs allait info uencer toute une génération d’étudiants aux Etats-Unis. (Rem. : plusieurs biographies de Matta-Clark le situent à Paris en 1968, or son galerie, David Zwirmer, signale que, c’était bien plus tôt, en 1963.) Gordon Matta- Clark est connu pour ces coupes de bâtiment, des formes négatives coupées dans des immeubles désaffectés, en attente de démolition ; cette exposition présente les fi lms « Splitting » et « Conical Instersect » ; le premier a été réalisé aux Etats-Unis en 1974 et le deuxième, à Paris, en 1975, pour la 9ème Biennale de Paris. Nous avons choisi de présenter ces deux oeuvres avec « Sous sol de Paris » et « Soustrait » de l’artiste qui explorent les souterrains de Paris et New York. L’exposition fait aussi clin d’oeil à une oeuvre inachevée de Matta-Clark : « Fake Estates » Dans les années 70, Matta-Clark a acheté des terres, des parcelles devenues inutilisables suite à des erreurs dans des travaux publics ; projetant une création sur la base de ces « no man’s lands », Matta-Clark a rassemblé des cartes, des titres ? et autres documentations, jusqu’à sa mort, d’un cancer, à l’âge de 35 ans.

«Les documents d’archives qu’il avait assemblés sont entrés en stockage et ne furent redécouverts qu’au début des années 1990, quand ils ont été assemblés en collages pour exposition. Ainsi, Les estates faux est apparue non seulement comme un commentaire mordant sur les questions de la propriété, de la matérialité et de la disparition qui ont marqué l’ensemble de la carrière de Matta-Clark, mais comme des objets de son propre domaine, des rappels des pouvoirs d’absence et de présence qui dictent notre rapport au passé.» Cabinet Magazine 2009.

James Porter  curator de l’exposition

Paillard Centre d’Art Contemporain remercie les personnes et les organismes qui nous ont aidé dans la réalisation de cette exposition:

Les Amis de Paillard, Noël Boutard, Marta Clarke & André Maurice, Charlotte Comare, Flavio Cury, Sabine Dutilh, Electronic Arts Intermix, Dominique et Marc Gilles-Aybes, Claire Haenni, L’Humanité, Françoise & Patrick Ledru, Jessy Mansuy-Leydier, L’Offi ce de Tourisme du Val du Loir, La Galerie David Zwirmer, Marie & Dzenan Sehic-Castel, La Mairie de Poncé, Franck Vidoff et la Famille Robert.

 

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