Juliette de Massy et Rohan de Saram

<< Voix et violoncelle >>

aux XXème et XXIème siècles

Oeuvres de Ivan Fedele, Thomas Simaku,

Param Vir,  John Tavener,

Zoltan Kodaly et Martin Moulin

Dimanche 8 mars 2015 à 17h

10 euros / gratuit < 12 ans 

rohan photo web

Juliette de Massy, soprano

et

Rohan de Saram, violoncelle

Tout chanteur a dans son imaginaire le geste de l’archet, le legato d’un violoncelliste qui, lui, respire comme un chanteur avant de « tirer » l’archet… c’est cette complicité d’un instrument à corde et d’une voix – souffle, air, texte et mouvement – qui a certainement attisé l’intérêt des compositeurs pour l’alliage de ces deux instruments.

Juliette et Rohan ont choisi d’explorer ces répertoires au XXème siècle, d’en faire jaillir les liens, les ruptures, les différences.

Rabindranath Tagore…

Rohan de Saram commanda lui-même un cycle pour voix et violoncelle à Param Vir sur des poèmes de Tagore. Dans Wheeling past the stars (2007), les poèmes sont de couleurs très différentes et les pièces un très bel exemple de contrepoint entre la voix et le violoncelle. Les deux parties se croisent, se fondent, se confondent presque ou dialoguent dramatiquement et touchent au cœur de la poésie de Tagore : la simplicité première des choses mêlée à une dimension toujours très profonde.

Anna Akhmatova…

C’est cette simplicité de la langue, cette absence d’affectation qui attira tout particulièrement John Tavener et Thomas Simaku vers la poésie d’Anna Akhmatova. Dans son cycle célèbre Akhmatova songs (1993), Tavener tente alors de fondre les mots et la musique par des mélodies d’une pureté désarmante, d’une beauté austère qui suit les atmosphères changeantes des poèmes d’Akhmatova.

Geste du texte…

Si ces quatre compositeurs prennent soin tant de la forme du texte que de son contenu, Ivan Fedele dans Paroles y palabras (2000) et Martin Moulin dans Silberdistel (2014) jouent du contenant : déconstruction des syllabes, répétition, séparation des mots, onomatopées, mélanges de mots… Les deux « instruments » développent autant de modes jeu, de rythmes, de couleurs, pour « dire », prononcer, énoncer, poétiser une voyelle, une consonne, une syllabe ou un mot entier. Ainsi, les limites sont dépassées et les propriétés vocales ou instrumentales, remises en jeu, déplacées.

Jeux de mots, jeux d’archets et de cordes…

Alors il n’y a plus aucune catégorie… plus de ruptures entre le texte, la voix, le son, l’effet, le jeu… les mondes s’unifient. Martin Moulin développe une virtuosité de la voix qui dépose un texte dans une continuité de souffles, de murmures et dans des petites formes aussi variées qu’épurées. Les modes de jeux sont infinis, intégrés au corps, au geste et au texte qui n’en est plus qu’une émanation, une éclosion organique. En 1915, avec sa Sonate pour violoncelle seul, Kodaly avait lui-même déconstruit totalement les qualités « classiques » du violoncelle qui devient à tour de rôle cymbalum, cornemuse, tambour, harpe… instrument à cordes, à percussions, à vents, à souffle… comme la voix humaine…

Juliette de Massy, soprano

juliettewebJuliette commence sa formation auprès de Maurice Bourbon puis au CNR de Lille. Diplômée ensuite de la Guildhall School of Music à Londres en chant lyrique (lauréate d’une bourse Jeune Talent de la Fondation AnBer), elle a l’occasion de travailler avec des artistes qui l’ont beaucoup marquée tels Susan Mc Culloch, Udo Reinemann, Sandrine Piau ou Tom Krause.

Elle est soliste dans divers ensembles de musique ancienne : l’ensemble Métamorphoses dirigé par Maurice Bourbon avec lequel elle poursuit l’enregistrement de l’intégralité des messes de Josquin Des Près ; Sagittarius dirigé par Michel Laplénie ; Les Demoiselles de St Cyr dirigé par Emmanuel Mandrin ; Musica Aeterna dirigé par Peter Zajicek.

Passionnée de littérature, de mélanges et de liens entre les arts ou les genres, Juliette a le plaisir de partager des projets artistiques plus intimes et de formes moins traditionnelles avec des musiciens comme l’organiste Pierre Farago, l’accordéoniste Bogdan Nesterenko, les clavecinistes François Grenier et Pascal Dubreuil, le violoncelliste Rohan de Saram, le compositeur Martin Moulin ou le pianiste Samuel Boré.

Elle explore le geste, la danse, l’improvisation, le son et la voix dans la musique d’aujourd’hui et travaille notamment avec la danseuse Odile Azagury, la plasticienne Claudine Amiel, l’atelier de recherche théâtrale 1+1=3 dirigé par Martine Venturelli et les ensembles de musique contemporaine Links (Remi Durupt) et Offrandes.

En 2014-2015, outre divers récitals, Juliette est soliste avec Sagittarius à l’Opéra de Bordeaux, soprano solo avec l’Orchestre symphonique de Tours dans un programme Haendel. Juliette se produira également entre autres à l’opéra de Bratislava, au Petit Palais à Paris, sur diverses scènes nationales avec l’ensemble Links ainsi qu’au Festival de Sablé avec Les demoiselles de St Cyr, au Mans avec l’ensemble Offrandes à la Fonderie et aux Quinconces-Espal dans divers programmes.

www.juliettedemassy.com

Rohan de Saramvioloncelle

rohan photo1webRohan de Saram est l’un des violoncellistes les plus reconnus de sa génération. Né à Sheffield au Royaume-Uni, de parents cingalais, il commença le violoncelle à l’âge de dix ans avec Martin Hohermann au Sri Lanka et, un an plus tard, avec Gaspar Cassado à l’Académie Chigania à Sienne en Italie. A seize ans, en 1955, il obtint le prix Suggia qui lui permit d’étudier avec Pablo Casals à Puerto Rico et avec John Barbirolli à Londres. Casals disait de lui : “Peu de sa génération ne possèdent un tel don.”

Comme soliste, il joue dans le monde entier avec les plus grands orchestres et chefs tels John Barbirolli, Adrian Boult, Colin Davis, Zubin Mehta, Seiji Ozawa et Malcolm Sargent. Il fit ses débuts aux Etats-Unis avec le New York Philharmonic Orchestra au Carnegie Hall. A ce moment-là, il travaillait déjà avec des compositeurs tels Kodaly, Shostakovich, Poulenc, Rubbra et Walton. C’est après un récital aux Etats-Unis que Piatagorsky lui proposa un archet unique avec lequel il joue encore aujourd’hui. 

Rohan est aussi un exceptionnel interprète de musique contemporaine et à travailler avec de nombreux compositeurs. Xenakis fut l’un des premiers alors qu’il créait Kottos pour violoncelle solo et que son interprétation de Nomos Alpha était particulièrement remarquée. Plus tard, Xenakis lui dédia deux pièces : Epicycles et Roscobek. Il travailla aussi avec Ligeti dont il créa la sonate pour violoncelle ; Pousseur avec la création de Racine 19 qui lui est aussi dédiée ; Berio avec la création de Il ritorno degli Snovidenia. C’est après le succès de cette interprétation – dont Berio admira « le son, la parfaite intonation, le phrasé, la technique de l’archet » – que le compositeur écrivit sa Sequenza XIV pour Rohan, construite sur les rythmes de percussions cingalaise dont il joue depuis son enfance.

Pendant de nombreuses années, Rohan fut le violoncelliste du Quatuor Arditti, pour lequel des centaines d’oeuvres ont été composées et que le quatuor a créées puis enregistrées.

En 2005, Rohan quitta le quatuor afin de travailler avec d’autres artistes, compositeurs et amis à travers le monde, mélangeant les genres, les périodes, la musique écrite et improvisée.

En décembre 2004, Rohan fut décoré par l’Université de Peradeniya au Sri Lanka et reçut un an plus tard les honneurs nationaux de ce même pays.

Récemment, le livre Conversations, entre Rohan et Joachim Steinheuer a été décrit comme « un trésor de bijoux musicaux ».

 www.rohandesaram.co.uk

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